La crise du coronavirus nous amène à repenser notre façon de travailler au sein de l’entreprise. Entre responsabilité et ingérence, les entreprises vont devoir repenser leur gouvernance, garantir le respect des règles sanitaires et garder une qualité de service minimum.

 

La crise du COVID-19 est de nature systémique, car elle impose de par la stratégie sanitaire visant à limiter au minimum le nombre de décès, des impacts extrêmement lourds tant sociétaux qu’économiques, ce qui est absolument normal dans une société développée. Le résultat d’un mois de confinement est là : un PIB de moins 32 %, soit 120 milliards d’€1.

 

Un nécessaire retour d’expérience

Il est clair que le virus SRAS-COV2, sa dangerosité, ses modes d’action et surtout ses modes de transmission ont été sous-estimés, et particulièrement en France, au début de l’épidémie et je dirais presque jusqu’à la date du confinement le 17 mars.

Christian Sommade

Christian Sommade, Directeur de RESILIENCY, filiale du groupe Deveryware

En effet, faute de consensus « absolu » des scientifiques français, les caractéristiques de ce dernier concernant l’aérosolisation, la persistance forte sur tout un ensemble de surface, n’ont pas permis de comprendre le danger à l’ensemble de la population.

La communication problématique du gouvernement sur les masques, faute de préparation suffisante, sur l’âge de patients etc. n’a fait que retarder la prise de conscience générale sur la dangerosité et la transmissibilité du virus qui cependant, était connu, notamment grâce aux études allemandes, américaines et chinoises, dès début février 2020.

Il faudra bien analyser en RETEX le rôle des uns et des autres (praticiens, scientifiques, administration et hommes politiques) pour comprendre l’origine des erreurs d’appréciation de ce début de crise, que le Président a lui-même reconnu dans son discours du 13 avril et qui nous valent d’apparaître en retard par rapport à certains pays comme l’Allemagne ou d’autres.

Une économie « COVID inside »

Il va donc donc falloir vivre avec cette situation où dans l’absence de vaccin, la protection individuelle (les masques) et la distanciation sociale (surtout physique), accompagnées des gestes barrières va faire office de « protection » pendant plusieurs mois, et probablement une année entière jusqu’ à l’apparition de ce fameux vaccin ou d’une immunisation globale de la population, l’un ayant plus de chances d’arriver que l’autre.

Car si immunisation il devait y avoir, cela se ferait au prix de nombreux décès, car le plateau risque d’être long… sauf à ce que le virus nous joue un tour et disparaisse sans que personne ne sache vraiment pourquoi, quitte à réapparaître à l’automne…

Quoiqu’il en soit, il va donc falloir agir avec prudence, et imaginer une économie « COVID inside ». Le grand bouleversement va donc toucher tous les secteurs d’activités et il faudra que chacun décline les grands principes de la protection individuelle et de la désinfection, à son activité. C’est un mode de pensée à appliquer à son infrastructure, à son comportement vis-à-vis de soi-même et des autres et à faire vivre dans le temps long.

Les modèles économiques vont changer et s’adapter, soit à une baisse durable d’activité et donc à de probables réorganisations et contractions, avec de probables pertes d’emplois, et d’autres, moins nombreux à une suractivité, quand certains arriveront à s’en sortir « à peu près » dans une économie beaucoup plus contrainte.

Cela veut-il dire que nous sommes à l’aube d’un monde plus vertueux ?

Comme tout le monde le souhaiterait, probablement pas. La compétition sera plus dure pour toutes les organisations dans un temps ou le « cash » va devenir plus rare.

Résilience des entreprises, la clé pour éviter une deuxième vague

Cela veut également dire que la « gestion de crise » va durer ou plutôt qu’elle va se transformer en gestion « permanente » d’une situation d’exception, dans laquelle, la gestion intelligente et l’optimisation vont devoir être la règle.

Le pilotage sera plus serré et l’anticipation de ce nouveau business model sera la règle impérative pour trouver les meilleures « supply chain » et actions « marketing » de ces nouveaux « business model » et être capable ainsi de retrouver une rentabilité, ou à défaut une utilité sociale.

Le facteur humain sera également déterminant pour les organisations, il faudra assurer au travers d’une « gestion de crise » impeccable, une bonne qualité de la reprise d’activité et de la fidélité des personnels. Cela veut dire, un langage clair sur les risques professionnels liés au COVID et une démarche construite en matière de protection individuelle, de tests, de gestes barrières et de gestion du quotidien dans les détails.

Cela réclame une vision réaliste des annonces de l’État, qui ne peut pas tout, une vraie prise en charge des approvisionnements en masques (du FFP2 au masques dits « barrières ») et en tests PCR et ou sérologiques… et tout cela dans la durée, pour 12 mois.

Bref une vraie politique de reprise, pas sur 3 semaines… mais pour un an au moins… Ce sont de  « nouvelles politiques d’entreprises » dont on ne parle que peu aujourd’hui, et le plus souvent que dans certains grands groupes.

Il faudra également revoir dans beaucoup d’entreprises, la gouvernance « executive ». La gouvernance classique aura beaucoup à faire, car s’occuper à la fois du business, du développement, de l’interne et du « COVID-Inside », sera certainement trop pour des structures et des managers déjà bien saturés.

Il faudra avoir une vision plus large de l’organisation et du management de cette gestion globale, qui paradoxalement nécessitera parfois plus de personnes pour en faire moins, au moins sur un certain temps.

Il faudra donc réinventer de nouveaux groupes de gestion et de décision, avec des médiateurs, à côté des managers, au plus haut niveau de décision, pour permettre une gestion globale et saine dans la durée.

Bref, les temps qui viennent vont demander de naviguer en territoire inconnu, et la lecture du livre « Piloter en univers inconnu » de Patrick Lagadec, me semble un bon point de départ pour les mois à venir.

Par Christian Sommade Directeur Resiliency France, Groupe Deveryware

1 Note Policy brief OFCE du 20-4-2020 Sciences Po