Fanch Francis a répondu aux questions de S&D Magazine. Vous pourrez retrouver son interview dans la rubrique Avis d’experts.

L’article fait état des nouvelles technologies comme une avancée pour les domaines de la sécurité et la défense mais pose aussi question sur les challenges qui restent à relever au niveau régalien.

S&D magazine

 

Du Big data à l’analyse des données : un nouvel enjeu pour l’univers de la sécurité et de la défense

Face à l’accroissement du nombre de données générées quotidiennement, le monde de l’investigation judiciaire ou financière doit pouvoir s’appuyer sur des outils d’aide à la décision fiables et efficaces. Cela passe par une compilation des données pour apporter un gain de temps précieux aux opérationnels, mais également la possibilité de corréler des éléments entre eux afin d’émettre une hypothèse. Ces rapprochements sont rendus très difficiles pour les forces de l’ordre lorsque l’on parle de centaines voire de milliers de documents à traiter dans des affaires complexes. Il est donc aujourd’hui vital pour les opérationnels du monde de la sécurité et de la défense de disposer d’outils permettant le traitement et l’analyse à valeur ajoutée de ces quantités de données.

D’un constat est né une innovation

C’est en effet d’un constat au coeur des unités de renseignement du ministère des Armées que Fanch Francis, alors agent de renseignement, a fait naître OAK Branch. « Nous avions souvent la frustration à l’époque de ne pouvoir agréger toutes les données disponibles, tant les sources, les données, les natures de celles-ci étaient nombreuses et variées. » explique l’ancien militaire devenu doctorant en sciences de l’information et de la communication et chef d’entreprise.

Dès lors, il entreprend une thèse qui le conduira à répondre aux aspirations de ces anciens frères d’armes et aux enquêteurs analystes, une solution à l’état de l’art capable de les aider à prendre des décisions en temps réel, et aujourd’hui d’anticiper, grâce à une analyse fine, et un recoupement intelligent des données, de possibles passages à l’acte criminel. Deux ans de recherche ont été nécessaires pour améliorer les outils d’analyse et de fusion de données et « réunir une équipe composée d’experts en investigation et de data scientists spécialisés dans l’exploitation et l’optimisation des données. Aujourd’hui, les institutions gèrent leur activité quotidienne grâce aux données internes et externes dont elles disposent. Nous les accompagnons pour transformer ces données en information, renseignement, et savoir ; en modèles, processus et alertes au moyen d’outils d’analyse statistiques, sémantique et relationnelle.» détaille Fanch Francis.

Rapprocher des millions de données

Fanch Francis et ses équipes lancent donc la plateforme « Détection » qui permet de rapprocher des millions de données et de recouper celles-ci, quel qu’en soit le format.

Procès-verbaux d’audition, transcriptions d’écoutes téléphoniques, coordonnées GPS : la plateforme effectue les recoupements automatiques entre les sujets « Cela permet ainsi de confirmer ou d’infirmer des déclarations lors d’auditions par exemple. C’est un gain de temps considérable lorsque l’on replace ceci à l’échelle de milliers d’enquêtes. Et nous savons tous qu’en matière de sécurité et de défense, il s’agit souvent d’une course contre la montre pour les enquêteurs et les agents. » ajoute Fanch Francis.

Le rapprochement avec Deveryware, PME française leader dans le domaine de la géolocalisation prend alors tout son sens. « Nous étions à la recherche d’un partenaire capable de nous accompagner dans le traitement et l’analyse du grand nombre de données que nos utilisateurs, enquêteurs analystes, brassent chaque jour. Nos savoir-faire complémentaires ont permis de créer une offre unique sur le marché. » commente Alain Vernadat, Directeur Général de Deveryware.

Après la collecte et l’intégration des données hétérogènes, la plateforme procède donc à l’analyse statistique avancée qui va permettre d’établir des modèles et de détecter des changements d’habitudes, des ruptures comportementales. « Cette étape permet d’enrichir les données, de les mettre dans un ensemble cohérent, c’est ce que nous appelons la clusterisation » explique Fanch Francis. L’analyse sémantique permet, elle, de comprendre les thèmes publiés et les communautés qui gravitent autour de ces thèmes et enfin l’analyse relationnelle va permettre d’établir des liens entre les individus, les groupes et les sujets.

Les analyses issues des modèles viennent ainsi compléter l’intuition de l’enquêteur ou de l’agent et passent systématiquement par son filtre. « On replace l’intelligence humaine là où elle est la plus utile, c’est-à-dire dans l’interprétation. L’outil est donc très centré sur l’utilisateur final. » ajoute notre expert.

Des champs d’application multiples

Ce logiciel se destine à aider aux mieux les administrations publiques à exploiter les données numériques par exemple celles qui circulent sur les réseaux sociaux, et ce, dans le respect de la réglementation européenne sur la protection des données. « Auparavant, les forces de l’ordre se basaient surtout sur le renseignement territorial, issu de la connaissance et maîtrise du terrain. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de nouveaux processus de radicalisation où un individu qui depuis chez lui, se radicalise en restant totalement inconnu des services de police jusqu’au passage à l’acte. C’est un nouveau phénomène qu’il nous faut détecter, et bien entendu circonvenir. » ajoute Fanch Francis.

A la suite des terribles attentats qui ont frappé Paris, la Ville de Paris et la Préfecture de Police ont organisé il y a un an, un Hackathon inédit en partenariat avec l’Ecole 42. Cette session a réuni les acteurs de la communauté de l’innovation au profit des services de police, de secours et de l’État, pour concevoir et développer des solutions de prévention, d’alerte et de gestion des crises. Oak Branch a été primée avec la mention spéciale du jury pour sa capacité à caractériser une radicalisation en amont. « Détecter les personnes en voie de radicalisation est essentiel, mais très complexe. Avec le deep web, les médias sociaux, les bases de données, la détection de profils à risques exigent de pouvoir traiter en quelques secondes des millions de données pour en extraire les éléments pertinents. Le vrai défi consiste à repérer dans cette immense masse les informations qui pourraient s’avérer utiles. Nous avons donc développé une plateforme capable de déceler les prémices d’une radicalisation, par l’analyse des liens avec des groupes actifs de propagande djihadiste ou terroriste et la détection de ruptures comportementales.» souligne Fanch Francis.

Dans la plateforme Détection, des processus automatiques et assistés permettent le traitement d’une multitude d’informations, pour distinguer les plus insignifiantes de celles identifiées comme « cruciales » dans des fichiers souvent cloisonnés par services ou issus de vaste volume de données saisies. Ensuite, ces données peuvent être compilées avec des données légales ou réglementaires, et croisées au moyen d’outils d’analyse sémantique, relationnelle et statistique, les rendant déterminantes dans le cadre d’une enquête criminelle ou financière.

En matière de gestion de crise, la solution permet de hiérarchiser la grande quantité de données qui arrivent, de traiter les alertes, de prioriser les opérations de secours dans le cas d’envoi d’aide médicale d’urgence ou de secours à la population.

Enfin, la solution est utilisée dans le cadre de la lutte contre la fraude à l’immigration et la fraude fiscale.

Un enjeu de souveraineté

La revue stratégique de défense et sécurité nationale (2017) a identifié l’IA comme critique pour les systèmes de défense, comme la mission Villani sur l’IA (2018). La LPM 2019-2025 a ainsi mis l’accent sur le développement de technologies de traitement massif de données en lien avec l’IA, qui s’avère être un enjeu majeur pour conserver notre supériorité opérationnelle et, par conséquent, notre souveraineté.

Le projet Artemis lancé en novembre 2017 par la direction générale de l’armement (DGA) vise à doter le ministère des Armées d’une infostructure souveraine de stockage et de traitement massif de données en captant l’innovation des PME, start-up et laboratoires qui travaillent sur les applications civiles de l’IA.

Le cluster Data Intelligence lancé par le GICAT, groupement des industries françaises de défense et sécurité terrestres et aéroterrestres, auquel nous prenons part, propose, en un guichet unique, un regroupement des solutions de renseignement fournies par les sociétés françaises les plus innovantes dans ce domaine. « Dans le même esprit, notre approche bout en bout modulaire etincrémentale, s’appuie sur les 4 points clés de la chaine de valeur : conseil, intégration, capteurs, et logiciels » ajoute Fanch Francis.

Oak Branch est actuellement positionné sur deux grands projets structurants qui devraient se concrétiser dans les semaines à venir. Une confirmation d’un succès très attendu qui va directement concourir au rayonnement de l’excellence française au niveau européen. Une autre croisade dans laquelle s’est lancé la pépite Oak Branch et son équipe survitaminée en fondant, il y a un an, la Cyber ​​Data Coalition, une alliance sectorielle regroupant des entreprises dont les technologies ambitionnent de rendre le monde plus sûr !