Edito

Quelle belle édition ! Milipol est bel et bien la référence mondiale pour l’écosystème de la sécurité des Etats et des personnes. La qualité et la quantité, souvent inconciliables, définissent parfaitement le public de ce rendez-vous, ainsi que nous le confiait Jacques Salognon, le président de Deveryware, qui fêtait sa neuvième participation. De plus en plus ouvert à l’international, avec de très nombreuses délégations étrangères présentes, le salon fait la part belle à la technologie et notamment à l’analyse de la data. Les données sont devenues l’enjeu prioritaire de tous, comme le rappelait en conférence, Anne Le Hénanff, la vice-présidente de l’association nationale Villes internet.

Mais si l’on a beaucoup parlé de data, Milipol est la rencontre des innovations dans tous les domaines et qu’il s’agisse d’assurer la protection physique des personnes ou d‘intégrer l’Intelligence Artificielle au développement de solutions numériques, on peut se féliciter du dynamisme des industriels. Ils répondent en cela, aux appels appuyés des représentants de l’Etat français qui se sont succédés sur les tribunes, emboitant le pas d’un ministre de l’Intérieur très concerné. Les villes que l’on espère Smart et Safe à la fois, les organisateurs d’événements mondiaux comme les futurs JO de Paris, ou encore les dirigeants des différents services régaliens, tous se tournent vers le monde privé pour apporter de nouvelles solutions face aux difficultés croissantes qu’ils affrontent.

A l’évidence, la sécurité est un sujet qui concerne les citoyens, les entreprises et les territoires. L’omniprésence des outils numériques qui nous relient et nous accompagnent dans toutes nos activités, qui émettent et recèlent tant de données, est telle qu’il devient compliqué de les sécuriser. Mais c’est peut-être aussi dans la data que nous trouverons de quoi mieux garantir nos libertés et imaginer plus efficacement des espaces de vie plus sûrs.

Interview de Jacques Salognon, Président de Deveryware

Quel premier bilan pour Deveryware de ce Milipol 2019 ?

J-S : On a franchi une marche dans la qualité des visiteurs par rapport à il y a deux ans. En élargissant la gamme d’offres et des produits plus sophistiqués, on a accueilli davantage de responsables qui sont tournés vers des solutions d’avenir. On a marqué les esprits, je crois, grâce à un magnifique stand, aussi.

Et qu’en pensent vos filiales récemment intégrées dans le groupe ?

J-S : L’intégration des filiales sur le stand a été parfaite. Si les filiales avaient sans doute des craintes d’être noyées dans le groupe, notre culture nous a rassemblé. Nous les rachetons pour qu’elles continuent à faire leur travail. La croissance externe signifie d’abord de proposer des offres complémentaires à la nôtre. Et les dirigeants ont un rôle exemplaire dans la façon de diriger et dans la priorité mise sur les qualités humaines dans tous nos recrutements.

Qu’est-ce qui vous a marqué et quelles sont vos perspectives pour 2021 ?

J-S : Je suis impressionné par la croissance énorme de tout ce qui touche à la cybercriminalité, et, côté matériels, au développement des drones et des systèmes anti-drone. Aussi, je note que nous n’avons encore que peu ou pas de concurrence sur la géolocalisation et que sur le big data et le forensic elle provient très peu de France. Deveryware a créé une réelle différence en adoptant une vision industrielle de la sécurité. Nos solutions sont utilisées par 10 000 officiers de police judiciaire en France. En 2021, nos relais de croissance seront orientés à l’international et portés par de nouvelles acquisitions complétant l’offre dans le domaine de l’enquête et de la safe and smart city.

Rendez-vous est pris pour Deveryware en 2021 !

Interview Patrick Guyonneau, Directeur des services actifs de la police nationale

Quels sont les enjeux de ce salon pour la DGSI en matière de nouveautés technologiques ?

P-G : Pour un service spécialisé, un salon comme Milipol est intéressant pour la forte concentration de fournisseurs mondiaux, pour faire un point de veille technologique complet sur les grandes tendances. On y découvre des outils de croisement et de visualisation de données pour le renseignement élaboré en aval, mais nos enjeux sont aussi sur l’internet des objets, les réseaux sociaux, la crypto-monnaie et le dark web. Enfin la 5G qui pose la question des captations téléphoniques.

Quels sont les progrès attendus?

P-G : Je vois trois types de rupture pour l’avenir : les volumes de données à traiter, les nouvelles normes et comment pratiquer des interceptions locales ? Le constat sur la croissance énorme des données pose le problème des outils d’analyse et en parallèle celui de la protection des données ou du cryptage des informations.

Concernant la menace terroriste, pensez-vous que l’on a davantage de moyen d’anticiper les situations à risque, les attentats ?

P-G : Par rapport à 2015, il y a eu de grosses évolutions techniques et juridiques. En conséquence, nous sommes mieux préparés mais dans le même temps, les menaces ont changé de nature et elles deviennent de plus en plus endogènes. Alors, oui, nous sommes plus efficaces mais il faut garder une grande humilité devant la complexité des menaces existantes.

Que pensez-vous des fake news et des dangers de la désinformation ?

P-G : Il faut lutter contre la fausse information. Y a-t-il des rumeurs ? Vraies ou fausses d’ailleurs ? Qui est à la manœuvre pour propager ces rumeurs ? Nous devons identifier les rumeurs qui peuvent menacer notre pays, notre démocratie et savoir qui a intérêt à les propager ou les diffuser à l’origine. On peut imaginer que les GAFA finiront par collaborer sur ce point, car il en va de leur crédibilité.

Retour sur la table ronde  “Smart et Safe City“

Que peut-on et que souhaite-t-on faire en France en termes de sécurisation des espaces publics ? Les représentants des territoires ont tenté de nous donner quelques réponses mais il faut souligner que l’image merveilleuse qu’inspire la ville intelligente est assez loin de la réalité d’aujourd’hui.

Les freins à la digitalisation des services d’une ville sont encore extrêmement nombreux comme le rappelle d’emblée, Anne Le Hénanff, vice-présidente de l’association nationale Villes internet et maire-adjoint en charge du numérique et de la communication de la ville de Vannes. Pourtant, elle promet que : « si la data est bien gérée, elle devient une source d’économie énorme pour la collectivité».

Alors si seulement 2400 villes dans le monde sont entrées dans une démarche Smart City et si la ville intelligente a pour ambition d’être un territoire de confiance, pourquoi tant de difficultés ?

D’abord, parce que seules les métropoles ont des budgets et une taille qui peuvent adresser un vrai projet. Ensuite, parce qu’en France on travaille encore en silos, par métier et que nous avons un réel problème de sécurité et de protection des données.

« Il faut savoir que 70% des villes internet n’ont pas démarré de démarche RGPD », nous avoue Anne Le Hénanff, avant de terminer son intervention en soulignant que « globalement les élus n’ont pas de compétence dans le numérique ».

Malgré tout, il importe que l’Etat donne une feuille de route et exige davantage des collectivités, mais aussi accompagne les agents publics dans l’évolution de leur métier.

Retour sur la table ronde : Analyse Prédictive et IA

Lorsque le député LREM Pierre-Alain Raphan pose en ouverture quelques questions pertinentes, on imagine que les débats vont être passionnants. Quelle est l’efficience des nouvelles technologies ? La reconnaissance faciale est-elle mieux réalisée par l’homme ou par la machine ? Quid de la qualité des données recueillies ?

Pourtant le Préfet Renaud VEDEL, coordonateur ministériel en matière d’IA au Ministère de l’intérieur, prévient : « la police prédictive est l’exemple même d’un mot jeté au public et qui est prétexte à des interprétations totalement erronées. D’ailleurs, on ne fait quasi aucune analyse prédictive en France et les policiers et les gendarmes français n’en font pas. ».

Alors de quoi parlons-nous ? « On peut sans doute optimiser le passage des patrouilles dans les villes selon des analyses statistiques mais sur quels critères ? Les patrouilles n’ont pas qu’une seule mission, c’est plus complexe que ça. Aujourd’hui, les infrastructures de capture de données et d’analyse ne sont pas du tout au niveau de la promesse qui a été faite un peu rapidement », conclut le Préfet Renaud Vedel.

Côté secteur privé, Laurent Allais, Président de l’Agora des directeurs de la sécurité, et responsable sécurité LCL, nous confie mener des tests « pour récupérer l’ensemble des informations textuelles sur une situation d’intrusion ou d’alarme réelle, et avec un fournisseur, être capable d’en extraire des analyses prédictives afin de réduire nos risques et d’optimiser nos systèmes de sécurité ».

Alors le prédictif peut-il aussi devenir un outil pour la sécurité de l’Etat et des citoyens ?

Teel Technologies récupère toutes les données

Lorsque Bob Elder nous présente sa société, partenaire canadien de Tracip, il est installé devant un comptoir sur lequel sont exposés des « restes » de téléphones portables ou d’ordinateurs portables. Rien de très présentable, rien qui ne semble extraordinaire. Et pourtant, il est l’un des rares au monde à savoir récupérer correctement les données enfermées dans les puces et les cartes mémoires de ces matériels endommagés ou saisis.

Bob a commencé ce travail de médecin légiste de la data, il y a 12 ans, et aujourd’hui il intervient un peu partout dans le monde. Teel Technologies intervient principalement pour former des spécialistes de la récupération de données aux dernières astuces et matériels. La société canadienne permet ainsi aux enquêteurs de trouver des éléments de preuve, y compris dans un ordinateur tombé d’un hélicoptère ou dans un téléphone retrouvé après un incendie. Quand l’expertise technique d’un passionné peut modifier le cours d’une enquête !

Les brèves de Milipol

RHEINMETAL

Le très gros industriel allemand de matériel militaire était présent sur Milipol 2019 avec un camion MAN hyper-équipé pour les forces de l’ordre. La sécurité des rues, des villes, exige des matériels ultra-performants et totalement personnalisés.

VERINT

Verint est un acteur américain important de la collecte et de l’analyse d’informations pour les services de sécurité. La société présentait ses solutions de surveillance vidéo, de reconnaissance faciale pour identifier tout suspect. Un stand hyper visuel et impressionnant de réalisme.

CIVIPOL

Civipol est l’opérateur de coopération technique internationale du Ministère de l’intérieur. Via le conseil et la formation, Civipol construit avec des Etats partenaires des réponses à des défis sécuritaires partagés. Civipol est par ailleurs co-organisateur de Milipol Paris.

HOLMATRO

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la présence du leader mondial hollandais de matériels d’effraction et d’interventions spéciales a fait du bruit ! Ouvertures de portes à grand renfort de systèmes ultra légers et performants ont créé le spectacle sur Milipol 2019.

GHALE

Ghale est une plateforme de routage d’appels d’urgence conforme au standard PEMEA. Ainsi tout citoyen européen victime d’un accident ou d’une défaillance physique, et ce quels que soient sa langue, son device ou son opérateur est parfaitement connecté aux services d’urgence.

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